individual :
Appartenait au clergé constitutionnel
il se trouvait vivre au bourg de Corseul au milieu d'une bourgeoisie remplie d'enthousiasme pour un régime qui venait de supprimer la noblessedétestée et proposait à son avarice l'aubaine des biens nationaux ; aussi jusqu'à sa déprétrisation, le recteur assermenté de Corseul demeura-t-il attaché au schisme que venait de créer l'Assemblée Constituante.
Devant la tournure des événements, M. Le Mée abdiqua son état et fonctions dès les débuts du mois de ventôse, an II (fin février 1794), néanmoins cet acte de lâcheté fut jugé insuffisant. Le 12 mars 1794, on vintpour l'arrêter à la cure de Corseul, mais sa soeur Marie déclara « qu'il était parti ». On eut vite fait de le retrouver et de le rejoindre, tant et si bien que trois jours après, le malheureux était incarcéré à la prison Saint-Charles, à Dinan, pour y rester « jusqu'à la paix » parordre signé du représentant Ruamps.
La perspective n'était pas rassurante pour un individu de sa trempe ; aussi signa-t-il le 9 messidor an II (27 juin 1794), la promesse de se conformer à l'arrêté de Le Carpentier du 25 prairial précédent (13 juin), qui prescrivait à ceux qui soupiraient après leur liberté de « formerdes noeuds garants de leur attachement à l'ordre social » (Archives des Côtes-d'Armor, Lm 5, 65 et 67).
En conséquence, Le Mée, pour tenir son engagement, après avoir eu soinde faire dresser par son frère un contrat de mariage prévoyant que sa future n'aurait rien à prétendre sur sa fortune, fit déposer au districtde Dinan, un certificat de civisme que venait de lui accorder la municipalité de Corseul et épousa à Jugon, à l'âge de 54 ans, le 6 thermidoran II (24 juillet 1794), la citoyenne Marie Gravé, originaire de Saint-Père-Marc en Poulet, fille de Joseph et d'Hélène Gilbert, laquelle était vraisemblablement sa servante. Les frères du prêtre Le Mée, Louis, notaire, Mathurin, fermier, et Louis-François, propriétaire à Mégrit, signèrent bravement sur son acte de mariage, monument indélébile de son déshonneur et de sa lâcheté.
Il y a tout lieu de croire cependant que ce mariage n'était que fictif,car, la Terreur passée, les deux époux firent prononcer leur divorce le 28 juin 1795. Ils déclarèrent à cette occasion « que leur lien n'avait été formé que par la force des circonstances et pour soustraire le dit Le Mée aux peines portées par les arrêtés du suppôt de Robespierre, Le Carpentier » (Archives de la Mairie de Jugon).
Dès lors, Le Mée-Beauliard, auquel l'évêque Jacob, avait refusé de rendre ses pouvoirs, comme à tous ses collègues qui avaient attenté au mariage, demeura désormais dans sa ville natale. Le 22 juillet 1798, le commissaire du pouvoir exécutif auprès du canton de Jugon écrivait à son sujet à l'Administration centrale des Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor) : « Jacques Le Mée, homme paisible, d'excellentes moeurs, qui,dès l'instant du mariage que les violences de Le Carpentier lui firentcontracter, a toujours déclaré ne vouloir faire aucune autre fonction ecclésiastique. Il a fait de plus serment de fidélité à la République. Quelques-uns ont prétendu qu'il avait rétracté son premier serment, maisil avoue avec franchise qu'à la vérité, il s'est fait relever des censures encourues par son prétendu mariage et qu'il croyait le devoir à saconscience ainsi qu'aux fidèles de sa communion qu'il avait scandalisés (quant au surplus), il préfère renoncer à sa pension dans la crainteque ses réclamations ne lui suggèrent des traquenards. Il n'a jamais quitté Jugon, ne s'est point caché (depuis la Terreur), n'exerce aucune fonction, et se dit toujours attaché à la République. C'est un parfait honnête homme, incapable de fomenter aucun trouble » (Registres de l'Administration cantonale de Jugon, aux Archives des Côtes-d'Armor, série L).
Le 8 mai 1800, le même Le Mée-Beauliard, probablement réintégré dans ses pouvoirs sacerdotaux, se présentait devant la municipalité de Jugon et demandait une carte de sûreté. Il déclarait, à cette occasion vouloirexercer les fonctions du culte catholique dans le canton de Jugon et yprêcher la paix. Voici le signalement qui figure sur la pièce qu'on lui délivra dans la circonstance : « âge 63 ans, taille 1m62, barbe et sourcils gris, yeux gris, front haut, bouche moyenne, nez ordinaire, visage plein coloré ». Lors des enquêtes de l'an X, le préfet Boullé toujours plein d'indulgence pour les constitutionnels, qualifie Le Mée « d'assermenté rétracté, résidant à Jugon, propre à faire du ministère », mais tel ne fut pas le sentiment de Mgr Caffarelli, qui malgré la disettede prêtres, le laissa sans emploi. Cependant cet ecclésiastique avait sollicité le 28 août 1802 sa réhabilitation du cardinal Caprara par l'intermédiaire de l'évêché de Saint-Brieuc. Il déclarait dans sa suppliqueavoir rétracté son serment l'an V (1797), avoir été relevé de ses censures par les vicaires généraux et rétabli dans ses fonctions sacerdotales qu'il exerce depuis trois ans (Archives Nationales, AF IV, 1898).
Le Mée-Beauliard, trépassa prêtre habitué dans sa paroisse natale le 2septembre 1805, âgé de 68 ans. Son cousin Louis-François Le Mée, né à Saint-Igneuc, le 31 août 1761, du mariage de François et d'Isabelle Petitbon, ancien vicaire assermenté de Plévenon, puis curé assermenté de Jugon de 1791 à 1801, présida ses funérailles. Un autre de ses parents était l'abbé Gary-Louis Le Mée, né à Saint-Igneuc, le 13 septembre 1728,de François et d'Anne Le Mée, qui s'assermenta comme recteur de Plévenon dès le début de 1791 et demeura jusqu'à la fin de la Révolution et audelà attaché au culte constitutionnel.